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18 décembre 2007
Fichage génétique, les raisons d'un refus
Vous savez sans douteque j'ai été condammé pour un fauchage d'OGM. A ce titre et dans le cadre de la prévention de la grande délinquance et surtout de la constitution d'un grand fichage génétique de la population, j'ai été convoqué par la police pour un prélèvement.
Evidemment, j'ai "refusé de [me] soumettre à un prélèvement génétique biologique destiné à permettre l'analyse et l'identification de [mon] empreinte génétique", ce qui est un délit.
Me voila donc reparti dans des péripéties judiciaires, je suis convoqué au tribunal correctionnel de Besançon le 4 avril prochain. Je remercie ici toutes les personnes m'ayant déjà témoigné de leur soutien. Un comité de soutien est en train de se mettre en place.
Je peux comprendre les réactions des personnes me disant que ce combat ne relève pas de l'écologie. J'entends également les arguments sécuritaires que n'ont d'ailleurs pas manqué de me rappeler les OJ (Officiers de Police Judiciaires).
Pourtant, je considère que tout est intimement lié et je me lance dans ce nouveau combat non pas de gaiété de coeur mais une motivation intacte.
Depuis mars 2003, la police réalise un prélèvement ADN des personnes suspectées ou jugées coupables de presque toute action illégale, sans limite d’âge : tag sur un panneau publicitaire, vol à l’étalage, fauchage d’un plant de maïs OGM, collage d’affiche, outrage au drapeau français... Début mai 2007, deux enfants de 8 et 11 ans étaient convoqués pour relever leurs empreintes génétiques. Motif ? Avoir volé deux « Tamagotchi » et deux balles rebondissantes dans un hypermarché du Nord de la France. Suite à la protestation des parents et quelques articles dans la presse nationale, le procureur a finalement fait marche arrière. À titre exceptionnel.
Dans un silence médiatique quasi-absolu, l’Etat français instaure le fichage génétique de toutes les personnes considérées comme ’’déviant-e-s’’ : manifestants anti-CPE, faucheurs d’OGM, jeunes des quartiers populaires, militants antipub, syndicalistes... Déjà plus de 480 000 profils ADN sont regroupés dans le Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques (FNAEG), dont plus de 200 000 sur simple présomption, sans qu’une condamnation n’ait été prononcée à leur encontre. D’ici 2008, l’objectif de l’Etat français est d’atteindre le million de personnes fichées. Seuls les délits financiers et les abus de biens sociaux ne sont pas concernés par ce dispositif !
La France est le second pays européen en matière de fichage. L’Angleterre reste loin devant, avec plus de 3 millions de personnes génétiquement fichées, soit 5% de la population. D’ici quelques temps, les fiches ADN seront mutualisées dans toute l’Europe. Depuis le 15 janvier 2007, les 27 pays de l’Union européenne ont en effet donné leur accord de principe pour inscrire dans la législation européenne le libre accès pour chacun des Etats membres aux fichiers ADN des autres pays.
Le contexte sécuritaire comme justification
Le fichage génétique nous est présenté comme une avancée technologique incontournable avec comme objectif officiel, la « sécurité des Français », à commencer par l’amélioration des enquêtes policières. Pourtant, le fichage génétique ne poursuit pas seulement des buts d’investigation policière. Le fait de prélever quasi systématiquement et de conserver 40 ans l’ADN de toute personne suspectée ou condamnée par l’Etat est également présenté comme une « mesure préventive ». Pour les promoteurs du fichage génétique étendu à la quasi-totalité des crimes et délits, tout individu présentant des comportements jugés ’’déviants’’, aussi minimes soient-ils, est un criminel en puissance. Souvenez-vous du « rapport Bénisti » de novembre 2005, qui abondait dans ce sens. Basé sur une étude de l’INSERM , il prédéfinissait notamment les stigmates de la ’’délinquance’’ en fonction du comportement des enfants, dès l’âge de trois ans. Les origines étrangères étaient présentées comme des circonstances aggravantes.
Cette conception selon laquelle les lois sécuritaires profiteraient à tous, responsables politiques et simples citoyens est un mensonge fort utile pour certains dirigeants. Il permet de masquer les antagonismes sociaux et de renforcer la répartition actuelle des richesses et du pouvoir dans une société de plus en plus inégalitaire. Alors que le capitalisme impose partout le règne du profit et produit les désastres sociaux et environnementaux que l’on connaît, l’Etat se fait de plus en plus pénal, intrusif et omniprésent et ce n’est donc pas un hasard si le fichage ADN vise désormais les militants politiques : faucheurs d’OGM, anti-pubs, syndicalistes, manifestants anti-CPE. Ce n’est donc pas un hasard non plus si, en revanche, le fichage génétique ne concerne pas les délits financiers, la « délinquance en col blanc », les abus de biens sociaux et autres détournements financiers. En pénalisant les actes de contestation politique, le fichage ADN contribue à diffuser un sentiment de peur, celle de s’opposer aux lois, de désobéir, de se révolter, la peur de lutter contre un ordre social injuste.
Enfin, ce fichage est également un outil des régimes dictatoriaux. Il suffit de se mettre quelques minutes dans la peau d’un juif sous Pétain, d’un Chilien sous Pinochet ou d’un Tchadien sous Idriss Déby pour comprendre à quel point les dispositifs sécuritaires développés actuellement en France sont lourds de menaces. Le quadrillage des populations, la multiplication des fichages, les nouvelles technologies de contrôle et le sentiment de peur qu’elles génèrent sont les outils de base de la répression des opposants politiques. Non seulement les lois sécuritaires renforcent les dominations qui pèsent sur la population, mais elles jalonnent le chemin vers des régimes dictatoriaux.
Vers la discrimination
Multiplication des fichages, vidéosurveillance, déploiement de technologies biométriques... Au nom de la « sécurité » et de la « prévention », le fichage ADN permet pourtant d'aller encore plus loin en matière de traçabilité sociale. Une nouvelle politique sécuritaire devient possible, basée sur le caractère génétique des comportements ’’déviants’’. Une conviction du président Nicolas Sarkozy lui-même : « J’inclinerais, pour ma part, à penser qu’on naît pédophile, et c’est d’ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie. Il y a 1 200 ou 1 300 jeunes qui se suicident en France chaque année, ce n’est pas parce que leurs parents s’en sont mal occupés ! Mais parce que, génétiquement, ils avaient une fragilité, une douleur préalable. » (Philosophie Magazine, mars 2007) Autrement dit, notre identité se réduirait principalement aux informations stockées dans notre ADN, nos caractéristiques biologiques prédomineraient sur notre histoire, notre éducation, notre contexte affectif, social et économique. Ainsi, connaître l’ADN de l’ensemble de la population permettrait d’identifier les futurs criminels.
D’un point de vue politique, la conception du monde selon laquelle « l’inné » prédomine sur « l’acquis » présente de nombreux avantages :
- Elle minimise la responsabilité de l’Etat et de l’organisation sociale dans les souffrances de la population. Affirmer la prédominance génétique de telle ou telle pathologie, c’est faire passer à l’arrière-plan le contexte social et environnemental. C’est couper l’herbe sous le pied de toutes les organisations politiques qui considèrent l’actuel système social comme la principale cause des souffrances psychiques, des maladies, des suicides et de la misère sociale.
- Elle encourage les logiques répressives et carcérales. Si certains individus sont intrinsèquement pédophiles, ils sont incurables. Il ne reste qu’à les enfermer, les ’’éliminer’’ socialement par la camisole physique ou chimique.
- Plus largement, cette idéologie naturaliste ouvre la porte aux stigmatisations, au racisme et à l’eugénisme. Certains seraient faits pour commander, d’autres pour être guidés, certains pour être riches, d’autres pour vivre dans des HLM...
OGM et ADN, même combat.
Les partisans d'une société déshumanisée présentent les écologistes comme des arriérés réfractaires à un progrès qui serait forcément positif. Faucher un champ d'OGM, refuser que des multinationales utilisent un progrès technique pour générer toujours plus de profit au détriment des paysans et des consommateurs du monde entier, et refuser le fichage génétique, sont deux actions relevant d'une même logique : lutter contre l'asservissement de la recherche scientifique aux intérêts particuliers de quelques puissants, encore un combat essentiel de l'écologie politique.
19:30 Publié dans OGM et ADN : A qui profite la science ? | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fichage génétique, faucheur, OGM, procès, Besançon, sécuritaire, ADN
05 décembre 2007
Pas de fraternité ?
S'il ne devait y avoir qu'une seule justification à la création d'une liste autonome de l'écologie politique pour les élections municipales de Pontarlier, ce serait peut-être la porte Saint Pierre, ou plutôt l'inscription qui s'y trouve.
Sur ce symbole si souvent utilisé de la ville, on peut lire (certes, avec difficultés pendant les fêtes) : Liberté - Egalité.
Comme si la fraternité, troisième pilier de la République n'était finalement qu'une béquille, un accessoire qu'on peut supprimer quand la place manque.
Comme si les représentants de la nation n'étaient chargés que de veiller au bilan comptable de la liberté et de l'égalité mais pouvait oublier la place des rapports humains.
Comme si les citoyens n'étaient que des petites machines à consommer, des petites unités nombreuses et sans autre interconnexion qu'économique.
C'est parce que nous avons oublié la fraternité que nous vivons aujourd'hui dans un monde où la course à toujours plus de consommation, plus de production, fait la loi en politique. Le productivisme consiste à militer pour toujours plus de consommation. L'écologie consiste à militer pour simplement mieux vivre ensemble !
14:40 Publié dans L'écologie n'est pas une option | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Liberté, égalité, fraternité, devise, République, Pontarlier, municipales







